Regula Brotbek

TERRE ENFUMÉE

RegulaRegula Brotbek, autodidacte, a créé son proces de manufacture de pièces unique à sa façon. D’abord, pendant le processus de séchage de l’argile, elle polit chaque pièce plusieurs fois avec une petite cuillère. Elle cuit une première fois à mille degrès. Ensuite elle pose une sous-couche de porcelaine sous l’émail qui empèche celui-ci de s’accrocher à la terre cuite. Pendant la seconde cuisson, l’émail fond sur la sous-couche laquelle adhère à la pièce. Après la cuisson, Regula pose la pièce brûlante dans des copeaux de bois. La fumée cherche son chemin à travers craquelures, les empreintes gravées et les jeux d’épaisseurs d’émail. Une fois celle-ci refroidie, émail et sous-couche se désolidarisent de la pièce. Apparaît alors le décor dévoilé par l’intervention de la fumée.photo

« Depuis que je travaille la terre, je tiens à accompagner activement une pièce du début jusqu’à la fin de sa création, et donc durant sa cuisson. Après de premiers essais avec des cuissons au bois j’ai compris que la technique du Raku était celle qui me convenait le mieux parce qu’elle me permet d’avoir un mélange extraordinaire de contrôle et d’improvisation continue.

Le Raku a été mis au point par des potiers japonais : utilisé pour faire les bols et les théières de la cérémonie du thé, ils admiraient cette technique pour sa surface irrégulière et surtout pour l’unicité de chaque pièce. La technique raku consiste, tout d’abord, à biscuiter (cuire normalement sans émail) les pièces. Puis on les émaille et on les met dans le four Raku ; là, on attend que l’émail soit en fusion pour les en retirer à environ 1000°C.

Pour ce faire, on utilise de longues pinces ou des gants quand les pièces sont trop grandes. Ensuite, on recouvre les pièces de sciures, d’herbes… pour donner différents aspects à l’émail et pour noircir les pièces. Les craquelures caractéristiques du Raku sont dues au vent. Enfin, on plonge les pièces dans l’eau pour les refroidir.

On voit donc que le Raku est l’union des quatre éléments : la terre, le feu, l’air et l’eau. Toutefois, j’ai vite ressenti la palette des émaux et de la gamme de couleurs assez limitée dont on dispose avec les cuissons à basses températures. Je me suis donc intéressée aux couleurs, à la richesse et la profondeur de la poterie du grès : de cette façon, j’ai commencé à cuire à des températures de plus en plus élevées (jusqu’à 1200°C).

J’ai trouvé une terre hautement réfractaire qui supporte des chocs thermiques même à ces températures, et j’ai développé des émaux qui réagissent très « nerveusement » aux conditions climatiques et qui provoquent souvent des combinaisons de couleurs complémentaires. J’aime les nuances des couleurs de la terre et j’essaie de faire vieillir une pièce et de lui donner un aspect „archéologique », de façon à ce qu’on croie qu’elle découle d’une autre époque. L’argile est, mis à part la pierre, la matière la plus ancienne du monde et les moments où apparaissent aux surfaces de mes pièces un aspect de ces temps inimaginables pendant lesquelles cette matière s’est créée, sont pour moi les plus heureux. Un émail n’ayant jamais le même aspect, l’unicité des pièces, le risque de cassure pendant le refroidissement… voilà, les spécificités du Raku, qui sont aussi considérés comme des défauts dans la poterie traditionnelle !

Bref, le Raku est pour moi une notion créative où les défauts, les chocs et les risques sont recherchés, pour exprimer l’unicité et l’imprévisibilité de la vie et du monde. »

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